Intervention de Stéphane Raffalli lors de la Cérémonie de Commémoration du 8 mai 1945

Cérémonie de commémoration du 8 mai 1945 en présence des élu.es, des représentants des associations patriotiques, d’anciens Combattants, de Résistants, des portes drapeaux et de nombreux Rissois.


Intervention de Stéphane Raffalli, Maire de Ris-Orangis, lors de la Cérémonie de commémoration du 8 mai 1945
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Madame la Députée,

Madame la première adjointe,

Mesdames et Messieurs les élu.es

Mesdames et Messieurs les Représentants des Associations patriotiques, d’Anciens Combattants, de Résistants et de victimes de guerre,

Mesdames et Messieurs les porte drapeaux,

Mesdames et Messieurs les représentants du Service d’incendie et de secours de l’Essonne,

Madame la Commandant représentant la Police nationale,

Mesdames et Messieurs les représentants de la Croix rouge française,

Mesdames, Messieurs,

Chères Rissoises, Chers Rissois,

Chers amis,

Le 8 mai 1945, il y a tout juste 74 ans, au terme de 6 années d’un conflit sanguinaire et barbare, la paix était proclamée.

Cette victoire fut celle de la Liberté.

Elle a conjuré l’un des plus grands dangers qui n’aient jamais menacé l’humanité.

À cause des pertes effroyables – plus de 50 millions de morts – , liées aux combats, aux bombardements et aux martyrs des civiles, qui ont culminé dans la Shoa, les pays européens sortaient de la guerre décimés, leur jeunesse sacrifiée et leur économie ruinée.

Et pourtant, ce même continent, ces mêmes peuples, ces mêmes Nations se sont relevés et connaissent depuis la plus longue période de paix jamais vue dans leur histoire.

Les villes ont été rebâties, le niveau de vie a décuplé, la levée des frontières a assuré la libre circulation des personnes et la multiplication des échanges a favorisé le retour à la prospérité.

L’Europe est devenue le plus vaste ensemble d’États démocratiques et la plus grande économie du monde.

N’oublions jamais que la guerre est aussi ancienne que l’Europe. Notre continent porte les stigmates des lances et des fers, des canons et des fusils, des tranchées et des chars.

Déjà, il y a 2500 ans, en Grèce, berceau de notre civilisation européenne, le philosophe HÉRODOTE exprimait toute la tragédie de la guerre par ces mots: « En temps de paix, ce sont les fils qui enterrent leurs pères. En temps de guerre se sont les pères qui enterrent leurs fils ».

Et pourtant, après que deux guerres terribles se soient abattues sur notre continent et sur le reste du monde au début du XXème siècle, une paix durable s’est installée en Europe depuis lors.

Aussi, est-ce une réflexion sur le sens de ce 8 mai qu’il s’agit d’approfondir.

Car l’on peut considérer avec étonnement ce rassemblement de peuples qui sont tant meurtris, cette célébration d’un événement où la victoire et la défaite se mêlent, où chacun compte et pleure ses morts, en oubliant parfois de s’émerveiller que de ces morts soit née la prise de conscience de ce qu’une civilisation peut faire et de ce qu’elle ne doit pas faire, de ce que l’avenir attend et de ce qu’il interdit.

L’Europe s’est construite, ou reconstruite, en quelques décennies, sur tant de ruines, de désastres et de morts.

Il faut l’expliquer.

À quoi devons-nous cette résurrection inouïe, cette renaissance exceptionnelle ? À l’union !!

À l’union de citoyens, à l’union des économies, à l’union des Nations.

Cette œuvre – faut-il le rappeler – a été voulue par la grande majorité des Français et des forces politiques. Elle a été encouragée, développée, consolidée par plusieurs générations d’hommes et de femmes d’État qui ont su réconcilier la France et l’Allemagne autour d’un projet capable de les dépasser.

Cette amitié fonde encore notre avenir.

Nous devons nous souvenir, nous Français, de ce que nous devons à l’Europe.

Nous devons nous rappeler l’avertissement solennel de François-MITTERRAND dans son dernier discours devant le Parlement européen ; « Le nationalisme,  c’est  la  guerre ».

Nous l’avons vu il y a 80 ans, quand la civilisation a failli succomber dans les camps de concentration, d’extermination. Nous l’avons encore vu, hélas, dans l’ex- Yougoslavie déchirée par une guerre ethnique. Nous en observons encore aujourd’hui la menace, aux confins de l’Ukraine et de la Russie.

Alors répétons cette évidence fondatrice : « L’Europe, c’est la paix ».

Pourtant, nous le voyons chaque jour, cette Union est menacée.

À la faveur de la crise économique, dans plusieurs pays et en France même, des forces cherchent à la défaire en spéculant sur la déception, en misant sur le découragement, en exhumant les peurs. En désignant l’étranger comme bouc émissaire. En misant sur la discorde religieuse. En opposant les identités nationales à l’engagement européen.

Ces manœuvres pernicieuses prospèrent sur un terreau fertile. L’Union déçoit.

Elle révèle son impuissance face à un chômage qui sévit depuis tant d’années et dont les premières victimes sont les jeunes.

Elle est à la peine avec ses Institutions et ses règles compliquées.

Elle est décalée quand ses injonctions exigent des sacrifices au lieu de renforcer les protections. Les citoyens s’éloignent d’elle quand ils ne s’en emparent pas. Le doute nourrit l’indifférence. L’incompréhension alimente le rejet.

Alors devons-nous renoncer ? Abdiquer ? Détruire l’œuvre de quatre générations ? Désavouer ceux  qui  l’on façonnée ? Faire à l’envers le chemin parcouru depuis 74 ans ?

Voulons-nous revenir à la guerre commerciale, à l’affrontement monétaire, au repli nationaliste ?

Certains veulent abandonner l’euro. La dérive de la monnaie, pensent-ils nous rendra compétitifs sans effort. Mais, la dévaluation, c’est d’abord la hausse des prix de tous les produits importés, c’est le retour à l’inflation, c’est la baisse du pouvoir d’achat des plus modestes.

La fin de l’euro, c’est l’austérité implacable.

La fin de l’euro, c’est la disparition de la solidarité financière, c’est une monnaie livrée à la merci des spéculateurs.

Croit-on que la force se construise dans l’isolement ?

C’est plus qu’une illusion, c’est un piège. Celui du déclin national.

Il y a en effet une vison minimale, atrophiée, financière, commerciale, « apolitique » de l’Europe qui ne voit en elle qu’un marché, qu’un espace monétaire sans gouvernance, qu’une somme de règles et fait de l’Union une entité sans âme et sans autre projet que celui d’accueillir les candidats qui frappent à sa porte.

Ses promoteurs veulent bien de l’Europe à condition qu’elle rase les murs, réduise son budget, abaisse ses ambitions politiques. Compliquant ses Institutions à force de les brider, ils rendent l’Union illisible et lointaine. Pour eux, l’abstention des citoyens n’est pas un problème, ce sera même une solution pour ne rien changer.

À cette Europe de la dilution, il  nous faut opposer « l’Europe de la volonté ».

Celle qui agit là où on l’attend, qui clarifie ses modes de décision, simplifie ses procédures, avance plus vite avec les pays qui le veulent, se concentre sur les défis à venir.

Cette Europe est celle qui, à partir de la zone euro, redonne de la force à l’économie, met fin à l’austérité aveugle, encadre la finance avec la supervision des banques, fait de son grand marché domestiqué un atout dans la mondialisation et défend sa monnaie contre les mouvements irrationnels.

C’est une Europe qui investit sur de grands projets.

C’est une Europe qui en termine avec le dumping sociale et fiscale et la concurrence libre et non faussée.

C’est une Europe qui protège ses frontières en préservant la liberté de se déplacer et en garantissant le respect du droit d’asile.

C’est l’Europe qui engage puissamment la transition énergétique et écologique.

L’Europe est le premier ensemble économique du monde.

Elle est loin de l’être sur le plan politique. Elle en paie le prix. Nous en payons le prix.

L’avenir pourtant appartient aux continents. C’est à dire à l’union de nations qui sans rien perdre de leur singularité, conjuguent leurs forces pour exprimer leur modèle.

Aujourd’hui, notre devoir est d’œuvrer comme hier pour le maintien de cet héritage européen légué par les combattants de la seconde guerre mondiale.

Léon-BLUM, quelques semaines après la Libération exprimait cela avec limpidité : « De même qu’aucune Nation n’a pu vaincre seule, aucune Nation ne pourra vivre seule ».

Il ajoutait : « Nous devons donner à chaque individu sa place juste et exacte dans la société collective, donner à chaque Nation sa place juste dans une communauté internationale, où non seulement l’indépendance, mais l’originalité de chaque peuple soit respectée et si on ne réalise pas cela, il n’y aura pas eu de victoire car il n’y aura pas de paix ».

C’est cet élan, cette foi européenne qui s’incarneront des années plus tard avec force dans l’image de François- MITTERRAND aux côtés d’Helmut-KOHL, main dans la main, en septembre 1984 à Verdun.

Quatre générations après la Libération, ces défis restent les mêmes.

Notre vigilance et notre mobilisation doivent être entières, face à ceux qui prônent pour seule réponse à une société qui souffre et qui doute d’elle-même, la stigmatisation commode de « l’autre », de l’étranger, de celui qui est différent, sans identifier les causes réelles du mal.

Être fidèle à l’esprit du 8 mai 1945, c’est s’interroger de bonne foi sur les questions économiques et sociales dans une économie mondialisée, et de nouveau nous mobiliser, mobiliser notre pays et notre continent pour faire reculer le chômage, les égoïsmes et les peurs.

Vive l’Europe !

Vive la République ! Vivre la France !

Stéphane Raffalli,
Maire de Ris-Orangis

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